JOJ Dakar 2026: Le courage des athlètes, les limites du système

Faty Sy et Mohamed Mbareck Saïd, nos deux représentants engagés sur 100 mètres aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026, ont terminé derniers de leurs séries respectives. Une élimination qui, au-delà des résultats, pose de sérieuses questions sur nos choix sportifs et la préparation de nos jeunes athlètes.

Soyons clairs : il ne s'agit nullement de mettre en cause ces deux jeunes, qui méritent respect et encouragements pour avoir porté les couleurs nationales. Il faut du courage pour se présenter sur une piste face à des concurrents manifestement mieux préparés.

Mais voir Faty Sy terminer sa course avec un tel écart par rapport aux autres concurrentes est une image difficile à accepter. On avait presque l'impression qu'elle courait avec un poids sur les épaules. Ce constat ne vise pas la jeune athlète, mais interpelle ceux qui l'ont sélectionnée et préparée pour ce rendez-vous.
Cette situation rappelle celle de Jiddou Ould Khaye, aligné dans la même série qu'Usain Bolt aux Jeux olympiques de Pékin en 2008. Une expérience mémorable, certes, mais qui avait déjà mis en évidence le fossé séparant notre athlétisme du très haut niveau.

La question mérite donc d'être posée : pourquoi continuons-nous à engager nos jeunes sur des épreuves de vitesse sans disposer d'un niveau de préparation suffisamment compétitif ? Notre environnement sahélien et notre tradition athlétique devraient aussi nous inciter à investir davantage dans les courses de fond et de demi-fond, où nous pourrions construire de véritables perspectives.

La responsabilité incombe d'abord aux fédérations sportives, mais elle ne s'arrête pas là. L'État, à travers le ministère chargé des Sports, et le Comité national olympique et sportif mauritanien (CNOSM) ont également leur part de responsabilité. Leur mission ne peut se limiter à obtenir des quotas, organiser des déplacements et assurer la présence du drapeau national. Elle doit aussi garantir une sélection pertinente, un encadrement technique sérieux et une préparation adaptée aux exigences de la compétition.
Certes, le principe d'universalité des Jeux permet à des pays ne disposant pas d'athlètes qualifiés aux minima de prendre part à certaines épreuves. C'est notamment le cas de la Mauritanie, qui n'avait obtenu aucune qualification directe dans les disciplines individuelles ou collectives. Mais cette opportunité ne doit pas nous dispenser de faire des choix judicieux.

Lorsque les minima ne sont pas atteints, il devient encore plus important de sélectionner les athlètes en fonction de leurs aptitudes, de leur potentiel et des disciplines dans lesquelles ils peuvent défendre dignement les couleurs nationales. Le président du CNOSM, Abderrahmane Ould Ethmane, avait d'ailleurs indiqué avant les Jeux que la sélection relevait des fédérations concernées et que les athlètes avaient bénéficié de deux mois de préparation. Un bilan de ce travail serait aujourd'hui utile.

Il ne s'agit pas de fermer les portes des grandes compétitions à notre jeunesse. Bien au contraire. Il s'agit de lui donner les moyens d'y participer avec ambition, de progresser et de représenter dignement le pays.
Les Jeux olympiques de la jeunesse ne doivent pas être une simple formalité de participation. Ils doivent être l'aboutissement d'un véritable travail de détection, de formation et de préparation.

L'universalité ouvre les portes des Jeux, mais elle ne dispense pas de l'exigence sportive. Participer est important. Être préparé pour participer l'est tout autant.

Mohamed Feily dit Antar