Le sport reclame son ministère

Trois athlètes à Dakar, des réformes en chantier et une question qui interpelle : quelle ambition pour le sport mauritanien ?
Dakar célèbre la jeunesse, le sport et les ambitions olympiques de toute une génération. À quelques centaines de kilomètres de cette grande fête africaine, la Mauritanie compte ses représentants : trois athlètes, deux disciplines et aucun sport collectif aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026. Un contraste saisissant qui devrait nous interpeller bien au-delà des résultats de cette compétition.
Comment un pays doté d'un mouvement sportif aussi diversifié peine-t-il encore à présenter une délégation plus étoffée à un rendez-vous international consacré précisément à la jeunesse ? La question mérite d'être posée, sans mettre en cause les jeunes athlètes qui portent nos couleurs, ni minimiser les efforts du Comité national olympique et sportif mauritanien (CNOSM), présidé par Abderrahmane Ould Ethmane, dans la préparation de cette échéance. Les quotas et les critères internationaux de participation imposent également leurs contraintes.
Mais Dakar agit comme un révélateur. Il met en lumière les difficultés persistantes d'un système qui doit encore apprendre à transformer son potentiel humain en performances et ses nombreuses structures sportives en véritables écoles de champions.
Des avancées à consolider, des réformes à réussir
Il serait toutefois injuste de passer sous silence les initiatives engagées par le gouvernement et le département chargé des Sports. Ces dernières années, plusieurs chantiers importants ont été ouverts pour moderniser et mieux structurer le mouvement sportif national.
La réforme du cadre réglementaire, notamment à travers le décret n° 2024-176 du 12 décembre 2024 relatif aux statuts types des fédérations et à la gestion des infrastructures sportives, constitue une étape importante. La mise en place d'une plateforme numérique de reconnaissance et de suivi des fédérations, des clubs et des centres de formation marque également une évolution vers davantage de transparence, de traçabilité et de professionnalisation.
À cela s'ajoutent les programmes de réhabilitation des installations existantes, les projets de construction de nouveaux terrains de proximité et les perspectives de développement de complexes sportifs. Ces initiatives témoignent de l'intérêt porté par les pouvoirs publics au développement du secteur et d'une volonté de lui donner de meilleures bases institutionnelles et matérielles.
Ces efforts méritent d'être salués et accompagnés. Mais leur réussite dépendra surtout de leur mise en œuvre effective, de la qualité de leur suivi et de leur capacité à produire des résultats mesurables.
Car construire des infrastructures est indispensable, mais encore faut-il les équiper, les entretenir, les animer et les mettre au service des pratiquants. Adopter des textes est nécessaire, mais encore faut-il veiller à leur application et à la responsabilisation des structures concernées.
Des fédérations à réorganiser, un système à repenser
La Mauritanie dispose d'un mouvement sportif diversifié, avec des fédérations représentant de nombreuses disciplines. La réorganisation engagée doit permettre de sortir d'une gestion parfois trop administrative pour installer une véritable culture de performance.
Combien de fédérations organisent régulièrement des championnats nationaux ? Combien disposent de ligues régionales opérationnelles, de centres de formation et de programmes de détection ? Combien présentent des athlètes compétitifs aux rendez-vous continentaux et internationaux ?
Le véritable défi est de faire fonctionner ces structures, de les responsabiliser et de les soumettre à des exigences de résultats. Une fédération ne se mesure ni à son bureau, ni à ses communiqués, ni à la longévité de ses dirigeants. Elle se juge à ses activités, à la qualité de son encadrement et aux performances de ses athlètes.
Pour un département exclusivement consacré au sport
La réorganisation institutionnelle du secteur mérite également une réflexion approfondie. Aujourd'hui associé à l'autonomisation des jeunes, à l'emploi et au service civique au sein d'un même département, le sport doit pouvoir préserver sa visibilité, ses priorités et ses moyens d'action.
Ces secteurs entretiennent naturellement des complémentarités. Le sport contribue à l'insertion professionnelle, à l'éducation, à la cohésion sociale et à l'épanouissement de la jeunesse. Mais cette convergence ne doit pas conduire à diluer ses enjeux spécifiques dans un ensemble de missions particulièrement vastes.
Le sport est un secteur stratégique à part entière. Il exige une expertise technique, une planification pluriannuelle, des investissements ciblés et une évaluation permanente des performances.
C'est pourquoi la réflexion devrait aller jusqu'à envisager un département ministériel exclusivement consacré au Sport. Il ne s'agit pas de multiplier les portefeuilles gouvernementaux, mais de donner à ce secteur une place institutionnelle à la hauteur de ses enjeux.
Un tel département pourrait porter une véritable politique nationale, assurer le suivi des fédérations, rationaliser les subventions, développer le sport scolaire et universitaire, renforcer la formation des cadres techniques et accompagner les athlètes de haut niveau.
Mais une réforme institutionnelle ne suffit pas : le sport doit aussi être confié à des femmes et des hommes qui le connaissent, le maîtrisent et surtout l'aiment. Des responsables ayant une véritable culture sportive, une expérience du terrain et une compréhension des réalités des différentes disciplines. La gestion du sport ne peut être uniquement administrative ou protocolaire. Elle nécessite des compétences, de la passion et une vision.
Le sport doit aussi avoir son conseiller à la Présidence
Une autre évolution institutionnelle mérite d'être envisagée : la désignation, au sein du cabinet du président de la République, d'un conseiller spécialement chargé des questions sportives.
À l'image de dispositifs observés dans d'autres pays, notamment au Sénégal avec Djamil Faye, cette fonction permettrait de disposer d'une expertise permanente au plus haut niveau de l'État.
Un tel conseiller aurait vocation à assurer une veille sur les politiques sportives, à suivre les grands dossiers, à faciliter la coordination entre le département ministériel, le CNOSM et les fédérations, et surtout à transmettre au chef de l'État une lecture précise des enjeux, des difficultés et des opportunités du secteur.
Il ne s'agirait nullement de se substituer au ministère ou aux instances sportives, mais de renforcer le suivi stratégique et de donner au sport une visibilité régulière dans les arbitrages présidentiels.
« Mahou Mouhim » : le sport n'est plus un secteur secondaire !
L'adage populaire « Mahou Mouhim », autrement dit « ce n'est pas important », doit définitivement céder la place à une autre lecture du sport.
Le sport n'est pas un luxe, encore moins une activité secondaire réservée aux loisirs et aux divertissements. Il est aujourd'hui l'un des meilleurs ambassadeurs d'un pays. Il porte son drapeau, son identité et son image au-delà de ses frontières.
Il constitue également un puissant facteur de cohésion nationale, de rapprochement entre les communautés et de promotion du vivre-ensemble. Sur les terrains, dans les salles et lors des compétitions, les différences s'effacent au profit d'une identité commune : celle de la nation.
Il représente aussi un formidable levier d'épanouissement de la jeunesse, de prévention sociale, de création d'emplois et de développement économique. Les métiers du sport, les infrastructures, les événements, le tourisme sportif et les activités commerciales qui gravitent autour des compétitions constituent autant d'opportunités encore insuffisamment exploitées en Mauritanie.
Dakar doit être un point de départ
La Mauritanie a besoin de championnats réguliers, de ligues régionales actives, d'entraîneurs qualifiés, de centres de formation, d'une détection précoce des talents et d'un accompagnement sérieux des sportifs. Elle a également besoin d'une politique de financement transparente et d'une évaluation annuelle des fédérations.
Les réformes engagées par le département constituent une base encourageante. Il faut désormais leur donner une suite cohérente, en associant modernisation institutionnelle, infrastructures, formation, financement et culture de la performance.
Le CNOSM, les fédérations et les pouvoirs publics ont chacun une responsabilité dans cette transformation.
Trois athlètes à Dakar ne résument pas à eux seuls l'état du sport national. Mais leur présence limitée doit servir de révélateur et surtout d'occasion de pousser plus loin la réflexion sur l'avenir du secteur.
Le sport mauritanien n'a pas seulement besoin de nouvelles infrastructures et de textes modernes. Il a besoin d'une ambition politique durable, de spécialistes pour la conduire, d'un pilotage institutionnel clairement identifié et d'une reconnaissance au plus haut sommet de l'État.
Dakar 2026 doit être plus qu'un rendez-vous olympique. Il doit marquer le début d'une nouvelle étape : faire du sport une véritable priorité de développement, de cohésion sociale, de rayonnement international et de construction de l'avenir de notre jeunesse.
Mohamed Feily.dit Antar
Dakar célèbre la jeunesse, le sport et les ambitions olympiques de toute une génération. À quelques centaines de kilomètres de cette grande fête africaine, la Mauritanie compte ses représentants : trois athlètes, deux disciplines et aucun sport collectif aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026. Un contraste saisissant qui devrait nous interpeller bien au-delà des résultats de cette compétition.
Comment un pays doté d'un mouvement sportif aussi diversifié peine-t-il encore à présenter une délégation plus étoffée à un rendez-vous international consacré précisément à la jeunesse ? La question mérite d'être posée, sans mettre en cause les jeunes athlètes qui portent nos couleurs, ni minimiser les efforts du Comité national olympique et sportif mauritanien (CNOSM), présidé par Abderrahmane Ould Ethmane, dans la préparation de cette échéance. Les quotas et les critères internationaux de participation imposent également leurs contraintes.
Mais Dakar agit comme un révélateur. Il met en lumière les difficultés persistantes d'un système qui doit encore apprendre à transformer son potentiel humain en performances et ses nombreuses structures sportives en véritables écoles de champions.
Des avancées à consolider, des réformes à réussir
Il serait toutefois injuste de passer sous silence les initiatives engagées par le gouvernement et le département chargé des Sports. Ces dernières années, plusieurs chantiers importants ont été ouverts pour moderniser et mieux structurer le mouvement sportif national.
La réforme du cadre réglementaire, notamment à travers le décret n° 2024-176 du 12 décembre 2024 relatif aux statuts types des fédérations et à la gestion des infrastructures sportives, constitue une étape importante. La mise en place d'une plateforme numérique de reconnaissance et de suivi des fédérations, des clubs et des centres de formation marque également une évolution vers davantage de transparence, de traçabilité et de professionnalisation.
À cela s'ajoutent les programmes de réhabilitation des installations existantes, les projets de construction de nouveaux terrains de proximité et les perspectives de développement de complexes sportifs. Ces initiatives témoignent de l'intérêt porté par les pouvoirs publics au développement du secteur et d'une volonté de lui donner de meilleures bases institutionnelles et matérielles.
Ces efforts méritent d'être salués et accompagnés. Mais leur réussite dépendra surtout de leur mise en œuvre effective, de la qualité de leur suivi et de leur capacité à produire des résultats mesurables.
Car construire des infrastructures est indispensable, mais encore faut-il les équiper, les entretenir, les animer et les mettre au service des pratiquants. Adopter des textes est nécessaire, mais encore faut-il veiller à leur application et à la responsabilisation des structures concernées.
Des fédérations à réorganiser, un système à repenser
La Mauritanie dispose d'un mouvement sportif diversifié, avec des fédérations représentant de nombreuses disciplines. La réorganisation engagée doit permettre de sortir d'une gestion parfois trop administrative pour installer une véritable culture de performance.
Combien de fédérations organisent régulièrement des championnats nationaux ? Combien disposent de ligues régionales opérationnelles, de centres de formation et de programmes de détection ? Combien présentent des athlètes compétitifs aux rendez-vous continentaux et internationaux ?
Le véritable défi est de faire fonctionner ces structures, de les responsabiliser et de les soumettre à des exigences de résultats. Une fédération ne se mesure ni à son bureau, ni à ses communiqués, ni à la longévité de ses dirigeants. Elle se juge à ses activités, à la qualité de son encadrement et aux performances de ses athlètes.
Pour un département exclusivement consacré au sport
La réorganisation institutionnelle du secteur mérite également une réflexion approfondie. Aujourd'hui associé à l'autonomisation des jeunes, à l'emploi et au service civique au sein d'un même département, le sport doit pouvoir préserver sa visibilité, ses priorités et ses moyens d'action.
Ces secteurs entretiennent naturellement des complémentarités. Le sport contribue à l'insertion professionnelle, à l'éducation, à la cohésion sociale et à l'épanouissement de la jeunesse. Mais cette convergence ne doit pas conduire à diluer ses enjeux spécifiques dans un ensemble de missions particulièrement vastes.
Le sport est un secteur stratégique à part entière. Il exige une expertise technique, une planification pluriannuelle, des investissements ciblés et une évaluation permanente des performances.
C'est pourquoi la réflexion devrait aller jusqu'à envisager un département ministériel exclusivement consacré au Sport. Il ne s'agit pas de multiplier les portefeuilles gouvernementaux, mais de donner à ce secteur une place institutionnelle à la hauteur de ses enjeux.
Un tel département pourrait porter une véritable politique nationale, assurer le suivi des fédérations, rationaliser les subventions, développer le sport scolaire et universitaire, renforcer la formation des cadres techniques et accompagner les athlètes de haut niveau.
Mais une réforme institutionnelle ne suffit pas : le sport doit aussi être confié à des femmes et des hommes qui le connaissent, le maîtrisent et surtout l'aiment. Des responsables ayant une véritable culture sportive, une expérience du terrain et une compréhension des réalités des différentes disciplines. La gestion du sport ne peut être uniquement administrative ou protocolaire. Elle nécessite des compétences, de la passion et une vision.
Le sport doit aussi avoir son conseiller à la Présidence
Une autre évolution institutionnelle mérite d'être envisagée : la désignation, au sein du cabinet du président de la République, d'un conseiller spécialement chargé des questions sportives.
À l'image de dispositifs observés dans d'autres pays, notamment au Sénégal avec Djamil Faye, cette fonction permettrait de disposer d'une expertise permanente au plus haut niveau de l'État.
Un tel conseiller aurait vocation à assurer une veille sur les politiques sportives, à suivre les grands dossiers, à faciliter la coordination entre le département ministériel, le CNOSM et les fédérations, et surtout à transmettre au chef de l'État une lecture précise des enjeux, des difficultés et des opportunités du secteur.
Il ne s'agirait nullement de se substituer au ministère ou aux instances sportives, mais de renforcer le suivi stratégique et de donner au sport une visibilité régulière dans les arbitrages présidentiels.
« Mahou Mouhim » : le sport n'est plus un secteur secondaire !
L'adage populaire « Mahou Mouhim », autrement dit « ce n'est pas important », doit définitivement céder la place à une autre lecture du sport.
Le sport n'est pas un luxe, encore moins une activité secondaire réservée aux loisirs et aux divertissements. Il est aujourd'hui l'un des meilleurs ambassadeurs d'un pays. Il porte son drapeau, son identité et son image au-delà de ses frontières.
Il constitue également un puissant facteur de cohésion nationale, de rapprochement entre les communautés et de promotion du vivre-ensemble. Sur les terrains, dans les salles et lors des compétitions, les différences s'effacent au profit d'une identité commune : celle de la nation.
Il représente aussi un formidable levier d'épanouissement de la jeunesse, de prévention sociale, de création d'emplois et de développement économique. Les métiers du sport, les infrastructures, les événements, le tourisme sportif et les activités commerciales qui gravitent autour des compétitions constituent autant d'opportunités encore insuffisamment exploitées en Mauritanie.
Dakar doit être un point de départ
La Mauritanie a besoin de championnats réguliers, de ligues régionales actives, d'entraîneurs qualifiés, de centres de formation, d'une détection précoce des talents et d'un accompagnement sérieux des sportifs. Elle a également besoin d'une politique de financement transparente et d'une évaluation annuelle des fédérations.
Les réformes engagées par le département constituent une base encourageante. Il faut désormais leur donner une suite cohérente, en associant modernisation institutionnelle, infrastructures, formation, financement et culture de la performance.
Le CNOSM, les fédérations et les pouvoirs publics ont chacun une responsabilité dans cette transformation.
Trois athlètes à Dakar ne résument pas à eux seuls l'état du sport national. Mais leur présence limitée doit servir de révélateur et surtout d'occasion de pousser plus loin la réflexion sur l'avenir du secteur.
Le sport mauritanien n'a pas seulement besoin de nouvelles infrastructures et de textes modernes. Il a besoin d'une ambition politique durable, de spécialistes pour la conduire, d'un pilotage institutionnel clairement identifié et d'une reconnaissance au plus haut sommet de l'État.
Dakar 2026 doit être plus qu'un rendez-vous olympique. Il doit marquer le début d'une nouvelle étape : faire du sport une véritable priorité de développement, de cohésion sociale, de rayonnement international et de construction de l'avenir de notre jeunesse.
Mohamed Feily.dit Antar