Mourabitounes : au-delà des artifices, quelle stratégie pour le football mauritanien ?.

Les Mourabitounes s’apprêtent à disputer les éliminatoires de la CAN 2027 par un premier match face à la République centrafricaine au Maroc. Rien de vraiment nouveau : depuis 2011, la sélection mauritanienne est devenue une habituée de ces compétitions, avec des joueurs évoluant majoritairement hors du pays.
Mais derrière cette routine se pose une question beaucoup plus profonde : quelle équipe nationale sommes-nous réellement en train de construire ?
Une sélection qui peine à produire ses propres joueurs
La présence de binationaux dans une sélection nationale n’a rien de choquant. Beaucoup de pays africains y ont recours, avec succès. Le problème apparaît lorsque le recrutement de joueurs formés à l’étranger devient pratiquement le principal moteur de la sélection, au détriment de la formation locale.
Aujourd’hui, combien de jeunes Mauritaniens issus de nos clubs et de nos académies sont capables de franchir progressivement les différents paliers jusqu’aux Mourabitounes A ?
La question mérite d’être posée sans détour.
Si l’on construit une équipe principalement avec des joueurs venus de l’extérieur, parfois récemment naturalisés ou ayant peu d’attaches avec le football local, il faut au minimum disposer, en parallèle, d’une véritable filière de formation nationale capable de produire régulièrement des joueurs de niveau international.
Or, c’est précisément cette filière qui semble faire défaut.
Que fait réellement la Direction technique nationale ?
C’est ici que le débat devient sérieux.
La Direction technique nationale est pourtant l’une des structures les plus importantes d’une fédération. Sa mission ne devrait pas se limiter à accompagner les sélections. Elle devrait être au cœur d’une vision : détection, formation des jeunes, développement des entraîneurs, structuration des académies, suivi des clubs et création d’une véritable passerelle entre le football des jeunes et l’équipe nationale.
Depuis plusieurs années, les résultats de cette politique restent difficiles à mesurer.
Les opérations de détection sont souvent concentrées à Nouakchott et Nouadhibou, alors que le vivier potentiel du football mauritanien dépasse largement ces deux pôles. Où sont les jeunes talents de l’intérieur ? Quel système permet de les identifier, de les former, de les suivre et de les accompagner sur plusieurs années ?
Il ne suffit pas d'organiser ponctuellement un stage de détection pour parler de politique de formation.
La formation est un processus, pas un événement.
Le modèle espagnol peut-il être transposé en Mauritanie ?
La Mauritanie a fait le choix de confier plusieurs postes importants à des techniciens espagnols. Sur le papier, le choix peut se défendre. L’Espagne possède une expérience remarquable en matière de formation et de structuration du football.
Mais importer des techniciens étrangers ne signifie pas importer automatiquement leur modèle.
Le véritable enjeu est de savoir si ce modèle a été adapté aux réalités mauritaniennes.
Un technicien, aussi compétent soit-il, doit comprendre son environnement. Il doit connaître les clubs locaux, les conditions d’entraînement, les difficultés sociales et matérielles des jeunes, les réalités du championnat national et surtout les caractéristiques psychologiques et culturelles des joueurs qu’il encadre.
Un jeune de 18 ans qui vient de Riyad, de Nouakchott, de Nouadhibou ou d’une autre région du pays n’arrive pas avec la même histoire, le même parcours et les mêmes repères.
La compétence technique ne dispense jamais de la connaissance du terrain.
Le problème n’est pas la nationalité, mais le système
Il serait toutefois injuste de réduire le débat à une opposition entre techniciens mauritaniens et techniciens étrangers.
La question centrale est celle de l’efficacité.
Si un entraîneur étranger apporte une réelle plus-value, personne ne devrait remettre en cause sa présence. Mais cette plus-value doit être évaluée sur des résultats concrets : joueurs formés, entraîneurs locaux accompagnés, méthodologie transférée, structures améliorées et progression mesurable des sélections de jeunes.
Autrement dit : qu’avons-nous construit pendant toutes ces années ?
Car si, après plus d’une décennie, nous sommes toujours obligés de chercher à l’extérieur la majorité des joueurs capables d’alimenter notre sélection A, il faut avoir le courage d’admettre que quelque chose ne fonctionne pas dans notre système de formation.
Une facture qui mérite aussi d’être questionnée
Cette réflexion doit également intégrer la dimension financière.
Les chiffres souvent évoqués concernant les rémunérations du sélectionneur national et du Directeur technique national — respectivement autour de 20 000 et 15 000 euros mensuels, auxquels s’ajoutent logement et avantages — mériteraient d’être publiquement documentés et expliqués.
Il faut également rappeler que les staffs des différentes équipes nationales bénéficient d’un financement public. Ce sont donc, en dernière analyse, les ressources du contribuable qui sont engagées.
Dès lors, le contribuable est en droit de demander : quel retour sur investissement pour le football national ?
Il ne s’agit pas de réclamer la baisse systématique des rémunérations des techniciens étrangers. Il s’agit de demander une évaluation transparente de leur mission, de leurs objectifs et de leurs résultats.
Et les techniciens mauritaniens ?
Pendant ce temps, de nombreux entraîneurs mauritaniens, qui connaissent parfaitement le football local et qui ont suivi des formations parfois similaires à celles de leurs homologues étrangers, peinent à accéder aux responsabilités nationales.
Pourquoi ne pas leur donner davantage de responsabilités ?
Pourquoi ne pas créer une véritable équipe technique mixte dans laquelle l’expertise étrangère servirait aussi à former et à accompagner les techniciens nationaux ?
L’objectif d’une expertise étrangère devrait être, à terme, de laisser derrière elle une compétence locale plus forte.
Un bon système ne crée pas une dépendance à l’expertise étrangère. Il crée progressivement sa propre expertise.
Ne pas confondre qualification et progrès
Les participations à la CAN, les qualifications historiques et les quelques victoires internationales ont incontestablement permis au football mauritanien de changer de dimension. Il serait absurde de nier ces progrès.
Mais il serait tout aussi dangereux de s’en satisfaire.
Une qualification ponctuelle ne constitue pas à elle seule une politique sportive.
Le véritable indicateur de progrès est ailleurs : combien de joueurs locaux atteignent régulièrement le haut niveau ? Combien de jeunes intègrent les sélections nationales ? Combien d’entraîneurs mauritaniens prennent des responsabilités ? Combien d’académies fonctionnent réellement ? Quel est le niveau de nos compétitions nationales ? Quel système de détection existe dans les régions ?
C’est à ces questions qu’il faut répondre.
Le Cap-Vert montre qu’une autre voie est possible
Le Cap-Vert offre, à cet égard, une expérience intéressante. Ce petit pays a su construire une identité footballistique internationale en s’appuyant sur sa diaspora tout en développant progressivement ses structures et son vivier.
La diaspora peut donc être une force.
Mais elle ne doit pas devenir le substitut d’une formation nationale déficiente.
La Mauritanie a besoin d’une stratégie qui combine intelligemment les deux dimensions : valoriser les joueurs de la diaspora tout en construisant une véritable usine à talents à l’intérieur du pays.
Il est temps de regarder au-delà du résultat immédiat
Le football mauritanien n’a plus besoin d’artifices ni de symboles destinés à impressionner.
Un sélectionneur étranger, un Directeur technique étranger ou un staff étranger ne constituent pas en eux-mêmes une garantie de progrès.
Ce qui compte, c’est ce qu’ils laissent derrière eux.
La Fédération et les pouvoirs publics doivent désormais poser les bonnes questions, avec des indicateurs précis et une évaluation régulière des résultats. Il faut également donner aux techniciens mauritaniens les moyens, la formation, la rémunération et surtout la confiance nécessaires pour prendre progressivement les commandes de leur propre football.
Le débat n’est donc pas : étrangers contre Mauritaniens.
Le vrai débat est : quelle vision pour le football mauritanien dans dix ou quinze ans ?
Si nous voulons une équipe nationale durable, il faudra bien plus que des stages au Maroc, des matchs amicaux et des joueurs recrutés à l’étranger.
Il faudra construire.
Et construire signifie commencer par la base : nos enfants, nos clubs, nos académies, nos entraîneurs et nos talents locaux.
C’est seulement à cette condition que les Mourabitounes pourront cesser d’être simplement une sélection qui obtient parfois des résultats pour devenir le sommet visible d’un véritable système de football mauritanien.
Mohamed Ould Feïly "Antar"
Mais derrière cette routine se pose une question beaucoup plus profonde : quelle équipe nationale sommes-nous réellement en train de construire ?
Une sélection qui peine à produire ses propres joueurs
La présence de binationaux dans une sélection nationale n’a rien de choquant. Beaucoup de pays africains y ont recours, avec succès. Le problème apparaît lorsque le recrutement de joueurs formés à l’étranger devient pratiquement le principal moteur de la sélection, au détriment de la formation locale.
Aujourd’hui, combien de jeunes Mauritaniens issus de nos clubs et de nos académies sont capables de franchir progressivement les différents paliers jusqu’aux Mourabitounes A ?
La question mérite d’être posée sans détour.
Si l’on construit une équipe principalement avec des joueurs venus de l’extérieur, parfois récemment naturalisés ou ayant peu d’attaches avec le football local, il faut au minimum disposer, en parallèle, d’une véritable filière de formation nationale capable de produire régulièrement des joueurs de niveau international.
Or, c’est précisément cette filière qui semble faire défaut.
Que fait réellement la Direction technique nationale ?
C’est ici que le débat devient sérieux.
La Direction technique nationale est pourtant l’une des structures les plus importantes d’une fédération. Sa mission ne devrait pas se limiter à accompagner les sélections. Elle devrait être au cœur d’une vision : détection, formation des jeunes, développement des entraîneurs, structuration des académies, suivi des clubs et création d’une véritable passerelle entre le football des jeunes et l’équipe nationale.
Depuis plusieurs années, les résultats de cette politique restent difficiles à mesurer.
Les opérations de détection sont souvent concentrées à Nouakchott et Nouadhibou, alors que le vivier potentiel du football mauritanien dépasse largement ces deux pôles. Où sont les jeunes talents de l’intérieur ? Quel système permet de les identifier, de les former, de les suivre et de les accompagner sur plusieurs années ?
Il ne suffit pas d'organiser ponctuellement un stage de détection pour parler de politique de formation.
La formation est un processus, pas un événement.
Le modèle espagnol peut-il être transposé en Mauritanie ?
La Mauritanie a fait le choix de confier plusieurs postes importants à des techniciens espagnols. Sur le papier, le choix peut se défendre. L’Espagne possède une expérience remarquable en matière de formation et de structuration du football.
Mais importer des techniciens étrangers ne signifie pas importer automatiquement leur modèle.
Le véritable enjeu est de savoir si ce modèle a été adapté aux réalités mauritaniennes.
Un technicien, aussi compétent soit-il, doit comprendre son environnement. Il doit connaître les clubs locaux, les conditions d’entraînement, les difficultés sociales et matérielles des jeunes, les réalités du championnat national et surtout les caractéristiques psychologiques et culturelles des joueurs qu’il encadre.
Un jeune de 18 ans qui vient de Riyad, de Nouakchott, de Nouadhibou ou d’une autre région du pays n’arrive pas avec la même histoire, le même parcours et les mêmes repères.
La compétence technique ne dispense jamais de la connaissance du terrain.
Le problème n’est pas la nationalité, mais le système
Il serait toutefois injuste de réduire le débat à une opposition entre techniciens mauritaniens et techniciens étrangers.
La question centrale est celle de l’efficacité.
Si un entraîneur étranger apporte une réelle plus-value, personne ne devrait remettre en cause sa présence. Mais cette plus-value doit être évaluée sur des résultats concrets : joueurs formés, entraîneurs locaux accompagnés, méthodologie transférée, structures améliorées et progression mesurable des sélections de jeunes.
Autrement dit : qu’avons-nous construit pendant toutes ces années ?
Car si, après plus d’une décennie, nous sommes toujours obligés de chercher à l’extérieur la majorité des joueurs capables d’alimenter notre sélection A, il faut avoir le courage d’admettre que quelque chose ne fonctionne pas dans notre système de formation.
Une facture qui mérite aussi d’être questionnée
Cette réflexion doit également intégrer la dimension financière.
Les chiffres souvent évoqués concernant les rémunérations du sélectionneur national et du Directeur technique national — respectivement autour de 20 000 et 15 000 euros mensuels, auxquels s’ajoutent logement et avantages — mériteraient d’être publiquement documentés et expliqués.
Il faut également rappeler que les staffs des différentes équipes nationales bénéficient d’un financement public. Ce sont donc, en dernière analyse, les ressources du contribuable qui sont engagées.
Dès lors, le contribuable est en droit de demander : quel retour sur investissement pour le football national ?
Il ne s’agit pas de réclamer la baisse systématique des rémunérations des techniciens étrangers. Il s’agit de demander une évaluation transparente de leur mission, de leurs objectifs et de leurs résultats.
Et les techniciens mauritaniens ?
Pendant ce temps, de nombreux entraîneurs mauritaniens, qui connaissent parfaitement le football local et qui ont suivi des formations parfois similaires à celles de leurs homologues étrangers, peinent à accéder aux responsabilités nationales.
Pourquoi ne pas leur donner davantage de responsabilités ?
Pourquoi ne pas créer une véritable équipe technique mixte dans laquelle l’expertise étrangère servirait aussi à former et à accompagner les techniciens nationaux ?
L’objectif d’une expertise étrangère devrait être, à terme, de laisser derrière elle une compétence locale plus forte.
Un bon système ne crée pas une dépendance à l’expertise étrangère. Il crée progressivement sa propre expertise.
Ne pas confondre qualification et progrès
Les participations à la CAN, les qualifications historiques et les quelques victoires internationales ont incontestablement permis au football mauritanien de changer de dimension. Il serait absurde de nier ces progrès.
Mais il serait tout aussi dangereux de s’en satisfaire.
Une qualification ponctuelle ne constitue pas à elle seule une politique sportive.
Le véritable indicateur de progrès est ailleurs : combien de joueurs locaux atteignent régulièrement le haut niveau ? Combien de jeunes intègrent les sélections nationales ? Combien d’entraîneurs mauritaniens prennent des responsabilités ? Combien d’académies fonctionnent réellement ? Quel est le niveau de nos compétitions nationales ? Quel système de détection existe dans les régions ?
C’est à ces questions qu’il faut répondre.
Le Cap-Vert montre qu’une autre voie est possible
Le Cap-Vert offre, à cet égard, une expérience intéressante. Ce petit pays a su construire une identité footballistique internationale en s’appuyant sur sa diaspora tout en développant progressivement ses structures et son vivier.
La diaspora peut donc être une force.
Mais elle ne doit pas devenir le substitut d’une formation nationale déficiente.
La Mauritanie a besoin d’une stratégie qui combine intelligemment les deux dimensions : valoriser les joueurs de la diaspora tout en construisant une véritable usine à talents à l’intérieur du pays.
Il est temps de regarder au-delà du résultat immédiat
Le football mauritanien n’a plus besoin d’artifices ni de symboles destinés à impressionner.
Un sélectionneur étranger, un Directeur technique étranger ou un staff étranger ne constituent pas en eux-mêmes une garantie de progrès.
Ce qui compte, c’est ce qu’ils laissent derrière eux.
La Fédération et les pouvoirs publics doivent désormais poser les bonnes questions, avec des indicateurs précis et une évaluation régulière des résultats. Il faut également donner aux techniciens mauritaniens les moyens, la formation, la rémunération et surtout la confiance nécessaires pour prendre progressivement les commandes de leur propre football.
Le débat n’est donc pas : étrangers contre Mauritaniens.
Le vrai débat est : quelle vision pour le football mauritanien dans dix ou quinze ans ?
Si nous voulons une équipe nationale durable, il faudra bien plus que des stages au Maroc, des matchs amicaux et des joueurs recrutés à l’étranger.
Il faudra construire.
Et construire signifie commencer par la base : nos enfants, nos clubs, nos académies, nos entraîneurs et nos talents locaux.
C’est seulement à cette condition que les Mourabitounes pourront cesser d’être simplement une sélection qui obtient parfois des résultats pour devenir le sommet visible d’un véritable système de football mauritanien.
Mohamed Ould Feïly "Antar"