Sport mauritanien: pourquoi nos médias sportifs sont-ils restés à quai?

Certes, le football mauritanien a enregistré des progrès notables au cours des dernières années. Les qualifications historiques de la sélection nationale à la Coupe d'Afrique des Nations, l'amélioration progressive des infrastructures, la professionnalisation de certains clubs et la visibilité accrue du football mauritanien sur la scène continentale constituent des avancées réelles qu'il serait injuste de nier.

Mais il serait tout aussi excessif de considérer que le football mauritanien a achevé sa mue. Derrière les succès enregistrés subsistent encore de nombreuses insuffisances : faiblesse de la formation à la base, manque de structuration de plusieurs clubs, déficit de ressources humaines qualifiées, gouvernance perfectible et difficultés de développement de nombreuses disciplines sportives. Le chemin parcouru est important, mais celui qui reste à accomplir l'est davantage encore.
C'est précisément dans un tel contexte que le rôle des médias sportifs devient essentiel.
Dans les pays où le sport progresse, les médias ne se limitent pas à commenter les résultats ou à relayer les compétitions. Ils participent à la construction d'une culture sportive, stimulent le débat d'idées, favorisent l'émergence de nouvelles compétences et exercent un regard critique indispensable à toute dynamique de progrès.

Or, en Mauritanie, un paradoxe mérite d'être souligné : alors que le sport tente de franchir de nouveaux paliers, le niveau du débat sportif dans une partie de nos médias continue de susciter de sérieuses interrogations.
La question mérite d'être posée sans détour : nos médias sportifs sont-ils réellement à la hauteur des ambitions du sport mauritanien ?
Depuis plusieurs années, les émissions sportives de la télévision nationale, de la chaîne Erriyadia, mais également de nombreuses télévisions privées et stations de radio, donnent souvent l'impression d'évoluer dans un univers fermé où les mêmes intervenants se succèdent inlassablement. Les mêmes analyses reviennent, les mêmes commentaires sont répétés et les mêmes profils occupent les espaces de débat.

Pourtant, cette présence permanente à l'antenne ne correspond pas toujours à une expertise reconnue ou à une expérience significative dans le domaine du sport.
Plus préoccupant encore, la sélection des présentateurs, des chroniqueurs et des consultants semble parfois davantage répondre à des critères subjectifs qu'à une véritable exigence professionnelle. Certes, il convient de saluer l'émergence de certains jeunes journalistes prometteurs qui tentent d'apporter un souffle nouveau. Mais dans l'ensemble, trop de plateaux continuent d'être animés ou alimentés par des intervenants dont les compétences techniques, l'expérience du terrain ou la culture sportive restent limitées au regard des exigences du métier.

Le résultat est visible : des débats souvent superficiels, consensuels, peu contradictoires et rarement enrichis par une véritable expertise.
La création de la chaîne Erriyadia devait pourtant marquer un tournant. Beaucoup y voyaient l'occasion de bâtir un média sportif moderne, capable de promouvoir l'excellence, de diversifier les voix et de faire émerger de nouveaux talents journalistiques. Malheureusement, de nombreux observateurs estiment que cette ambition peine encore à se concrétiser.

Pour beaucoup de téléspectateurs, Erriyadia reproduit souvent les mêmes mécanismes que ceux déjà reprochés aux autres médias. Les choix des invités, la composition des plateaux et la désignation des consultants continuent de susciter des interrogations. Certains spécialistes reconnus du sport national demeurent absents des débats tandis que d'autres intervenants, omniprésents à l'antenne, sont progressivement érigés en « experts » ou en « consultants » sans que leur parcours, leur expérience de terrain ou leurs contributions au développement du sport ne soient toujours clairement établis.

L'expertise ne se décrète pas. Elle se construit à travers l'expérience, la formation, les réalisations et la connaissance approfondie du terrain. La fréquence des apparitions médiatiques ne saurait, à elle seule, constituer un critère de compétence.

Pendant ce temps, de nombreuses ressources humaines restent largement sous-exploitées. La Mauritanie compte pourtant des dirigeants sportifs, entraîneurs, formateurs, arbitres, anciens internationaux, universitaires et observateurs avertis capables d'apporter une réelle valeur ajoutée aux débats publics.
Parmi eux figurent des personnalités reconnues du football mauritanien, à l'image du Dr Ba Mohamedou, président de l'ASAC Concorde, dont l'expérience de gestion sportive et la connaissance du football sont largement saluées dans le milieu. Comme beaucoup d'autres, il représente cette catégorie de compétences qui demeurent trop rarement sollicitées alors qu'elles pourraient enrichir considérablement la qualité des analyses proposées au public.
Cette situation interpelle d'autant plus lorsqu'elle concerne la télévision nationale. En tant que média de service public, celle-ci devrait être le premier espace de promotion du mérite, de l'expertise et de la pluralité des opinions. Elle devrait constituer la référence en matière de qualité éditoriale et de rigueur journalistique.
Les passionnés de football se souviennent encore d'une époque où les émissions sportives de la télévision nationale étaient attendues avec impatience. Beaucoup évoquent notamment le professionnalisme de feu Coulibaly Souleimane, dont les émissions réunissaient des intervenants reconnus pour leur compétence et leur connaissance du sport. Les débats étaient riches, instructifs et respectés parce qu'ils reposaient sur la qualité des analyses plutôt que sur la simple exposition médiatique.
Aujourd'hui, le téléspectateur mauritanien a changé. Grâce aux chaînes satellitaires, aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux, il compare, analyse et choisit. Lorsqu'il ne trouve pas sur les médias nationaux la qualité qu'il recherche, il se tourne naturellement vers d'autres horizons.
C'est sans doute là le véritable défi.
Le sport mauritanien mérite un traitement médiatique à la hauteur de ses ambitions. Il mérite des journalistes spécialisés, des consultants crédibles, des analyses approfondies, des débats contradictoires et des émissions capables d'éclairer les enjeux du sport moderne.
Les médias sportifs mauritaniens ont aujourd'hui un choix à faire : continuer à fonctionner selon des logiques de confort et de reproduction des mêmes profils ou s'engager résolument dans une culture de l'excellence fondée sur la compétence, le mérite et la diversité des points de vue.
Car au fond, la véritable question n'est pas de savoir qui occupe les plateaux aujourd'hui.
La véritable question est de savoir si nos médias sportifs veulent accompagner la modernisation du sport mauritanien ou continuer à regarder passer le train du changement.
Le sport mauritanien mérite mieux.
Son public aussi.
Mohamed Ould Feïly