Dans les buts, sur le banc ou sur les planches, Noël Tosi a toujours cultivé sa différence. Celle d’un entraîneur affable, rieur et volubile. Tout juste intronisé manager général du FC Balagne (Corse), le premier Français à avoir coaché aux USA s’est posé pour ouvrir la boîte à souvenirs. Tosi est toujours accompagné de sa bonne humeur légendaire. Une véritable marque de fabrique de l'entraîneur de 61 ans, dont le fou rire laconique et les anecdotes savoureuses sont légion. En piste.

Il a  été entraîneur dans une vingtaine de clubs, majoritairement en France métropolitaine, mais aussi aux USA, en Égypte, à La Réunion ou au Luxembourg, et a  également été sélectionneur national du Congo, puis de la Mauritanie.

Vous avez aussi découvert le passage de l’amateurisme au professionnalisme quand vous êtes devenu sélectionneur de la Mauritanie ?

En 2003, je pensais trouver un club, j’en refuse certains en Ligue 2 et en National, et au mois d’août, alors que les championnats ont repris, je me retrouve sans club. Un jour, à six heures et demie du matin, je reçois un coup de fil : « Allô, c’est Maurice et Annie. » Je réponds : « Désolé, mais je connais pas de Maurice, ni d’Annie. » « Mais non, c’est la Mauritanie. Vous avez été l’entraîneur d’Ahmed Dabo, à Dijon, Gueugnon et Lusitanos, il a dit que vous étiez le meilleur entraîneur qu’il ait jamais eu. On aimerait vous prendre pour l’équipe nationale. » Le lendemain, je prends l’avion, j’arrive en Mauritanie, c’est le désert complet, et je suis reçu par le président de la Fédération de l’époque, Moulay Abbas. On discute, je signe mon contrat. Mais quand je rentre chez moi, moins de 48h après, je me rends compte qu’ils sont quand même 188e au classement FIFA, derrière le Liechtenstein, Saint-Marin et le Vatican. En plus, la Mauritanie n’avait pas gagné un seul match en quatorze ans.

 

Vous avez ensuite construit votre équipe autour de joueurs naturalisés ?

 

Oui, je suis une sorte de précurseur. Un jour, lors d'un rassemblement au stade de l’équipe nationale, je vois arriver une voiture avec des vitres teintées. Et là sort le ministre des Sports, habillé d’un boubou turquoise magnifique. Alors que je n'ai même pas encore fait un seul match, il vient me féliciter et me dit très courtoisement : « J’ai un neveu qui s’appelle Momo, et qui est un bon joueur. » Pour ne pas le décevoir, je lui dis : « Écoutez, au prochain rassemblement, je le convoquerai. » Et il me répond : « Mais non, ne vous inquiétez pas, il est là. » Et là, le neveu Momo descend de la Porsche, habillé avec la tenue de l’équipe nationale. Puis, je m’aperçois qu’il n’est pas si mauvais que ça, peut-être même l’un des meilleurs. Avant que son oncle parte, je lui dis : « Faudrait que vous me rendiez un service. J’aurais besoin de dix passeports pour dix joueurs de Ligue 2 que je connais parfaitement. Je voudrais en faire la base de l’équipe nationale des Mourabitounes. » Dans la foulée, il me signe les dix passeports, on va en stage en France, on bat le PSG 3-1 au Camp des Loges, et on revient à Nouakchott. Quand le Zimbabwe vient jouer avec les frères Ndlovu et Benjani, ils sont menés 2-0 au bout de 17 minutes de jeu. Ils se demandaient ce qui leur arrivait, car ils croyaient venir jouer contre une équipe de marque de lessive. On les a battus, et on est montés à la 113e place mondiale. Comme quoi, parfois, il faut avoir des idées. Mais il faut beaucoup de cœur. Car sans ça, tous ces joueurs n’auraient jamais accepté de jouer pour la Mauritanie. C’est pour ça que tu établis des relations presque familiales avec tes joueurs, même s’il faut savoir être dur.

*Titre choisi par la Rédaction de RimSport.net

Source: SoFoot