Le Comité National Olympique et Sportif Mauritanien(CNOSM)  a célébré, ce vendredi 6 avril, à Nouakchott,  sous le signe  le « Sport au service du développement et de la paix ». C’est en 2013 que  l'Assemblée Générale des Nations Unies a désigné le 6 avril Journée internationale du sport au service du développement et de la paix, afin de consacrer le rôle du sport et de l'activité physique dans l'éducation, le développement humain, la santé et la paix dans le monde.

Ouvrant le cérémonial protocolaire, le premier vice-président du CNOSM, Ahmedou Ould Ahmed Salem, a loué la décision prise par les Nations Unies depuis 2013, déclarant le 6 Avril de chaque année « journée internationale du sport », saluant la présence distinguée à cet événement des membres du Comité directeur et des présidents des fédérations sportives nationales et des sportifs toutes disciplines confondues .

 Quant au  directeur général des Sports, Diagana Ali,il a remercié le CNOSM qui  à chaque occasion honore cette journée à travers des activités sportives.Il a réitéré la disponibilité du département de tutelle . Diagana Ali a affirmé que le ministère de la Jeunesse et des Sports «  ne ménagera aucun effort pour apporter le soutien matériel et moral aux associations et clubs sportifs engagés en faveur du développement du sport de façon générale et de leurs talents de manière particulière ».

Peu après le lancement officiel de la journée, Abdallahi Ould Nagi Chef de mission du CNOSM a présenté une communication fort intéressante sur le thème  « Sport et Argent » ,devenu, fait-il remarquer, «  récurrent ces dernières années,  compte tenu de sa dimension économique de plus en plus croissante et parfois inquiétante à certains égards ».

  En effet le monde du sport brasse, estime Ould Nagi, aujourd'hui des sommes considérables : les transferts de joueurs, les paris, les droits d'images, les sponsors, les publicités... sont autant d'éléments pour lesquels l'argent circule dans le sport. D'autre part, le sport s'est professionnalisé, amenant des contrats et des salaires inimaginables il y’a deux décennies ». D’emblée,il s’est interrogé sur  « des questions légitimes » qui  doivent être posées : à savoir :

  L'argent est-il compatible avec les valeurs du sport?

    Quels en sont les conséquences?

    Qu'apporte l'argent au sport?

    Pourquoi l'argent parait indispensable actuellement dans chaque activité sportive?

 Toutes ces interrogations nous poussent à poser une problématique majeure: 

L'argent est-il compatible avec les valeurs du sport

 Autonomie du mouvement olympique

Abdallahi Ould Nagi  rappelle à cet effet  les valeurs du sport soulignant que la réponse  à ces questionnements se trouve naturellement dans les valeurs du mouvement olympique , telles que définies par la charte olympique et  peuvent s’articuler autour des valeurs  suivantes:  l’excellence,l’amitié,le respect,la paix ( trêve olympique) et le rapprochement entre les peuples

« Pour respecter ces valeurs, l’un des principe fondamentaux de l’olympisme est , précise Ould Nagi,l’autonomie du mouvement olympique.

  Il s’agit, évoque-t-il, d’un sujet sensible, « car si dans beaucoup de pays cette autonomie est considérée comme naturelle et positive, d’autres pays, dont malheureusement le notre,  la considère comme une ingérence dans les prérogatives du Ministère des Sports ».

 Pour Ould Nagi, les partisans de la thèse selon laquelle la présence de l’argent dans le sport est positive s’appuient entre autres, sur les arguments  suivants:

  « l’arrivée des sponsors et autres donateurs aura permis, en général au sport de se développer et d’offrir de meilleurs spectacle aux spectateurs et aux téléspectateurs.

  La professionnalisation du sport a permis effectivement aux sportifs de consacrer leur quotidien à l’entrainement, la musculation, la récupération etc…, contribuant ainsi à améliorer leur performance.

En outre, les partisans de cette thèse estiment que le principe de récompense des athlètes a toujours existé : dans l'Antiquité, les Athéniens bénéficiaient d'avantages substantiels.

 Les sommes importantes  qui circulent dans le sport sont engagées pour créer des évènements sportifs toujours plus grandioses (d’où la notion de sport-spectacle), et on peut penser que ces shows démesurés sont à considérer positivement dans la mesure où ils rassemblent pacifiquement de nombreux spectateurs, pour lesquels la notion de fair-play est de plus en plus fréquemment mise en avant. (Par exemple, la finale de la Coupe du Monde au Brésil a  rassemblé 100.000 spectateurs dans le fameux stade du Maracana, et 2 milliards de téléspectateurs…)

 Les jeux olympiques, toujours à Rio de Janeiro  en 2016 = 28 sports et 41 disciplines  avec 11000 athlètes et officiels de 204 Comités nationaux

L’importance des moyens financiers pour une bonne participation aux JO est, de l’avis de Ould Nagi, primordiale :   « Tous les CNO ont, conformément à la charte olympique,  l’obligation de participer aux Jeux Olympiques ».

  A ce niveau, le CNO de Mauritanie, respectueux des principes  de la charte olympique (qui a primauté sur les lois nationales en matière de sport)   , notamment en ce qui concerne l’autonomie du mouvement olympique, n’a, déplore Ould Nagi, reçu lors des derniers JO de Rio de Janeiro 2016 aucune Ouguiya du gouvernement, alors que la délégation olympique du Sénégal a reçu une subvention de 840 Millions  de FCA, soit plus de 450 Millions d’Ouguiya ».

 De l’avis de Ould Nagi, « ce n'est pas l'argent en soi qui pose problème, rend meilleur ou corrompu, mais la nature humaine : en fonction de sa personnalité et de son rapport à l'argent, chaque individu est prédisposé ou non à certaines dérives ».

 La performance avant le gain

 En conclusion, les partisans de l’argent dans le sport estiment qu’un  sportif vise d'abord la performance avant de penser au gain. Il n'y a ainsi aucune raison pour que l'argent soit incompatible avec les valeurs sportives.

 Relativement aux points négatifs, « il n’est pas si loin le temps où les athlètes couraient après les titres, les exploits, et non après un gros chèque. Ce n’est plus un secret, la professionnalisation du sport, s’il a permis son essor, a,  au fil du temps mis de côté une grande partie de ses valeurs.

 Pour eux l'argent, la sur médiatisation sont à l'origine de la plupart des dérives qui ont généré ce qu’ils appellent les " contre-valeurs du sport ‘’.

 Cette réflexion résume  la thèse de ceux qui stigmatisent la grande place qu’occupe l’argent dans le sport.

 Ils citent , entre autres :

 La corruption qui trouve son origine dans les paris sportifs: On pense à l’affaire de corruptions de joueurs pour le match Valenciennes- Marseille en 1993, décisif pour l’attribution du titre de champion de France sous la présidence Bernard Tapie

Le dopage : L’importance des enjeux incite par ailleurs indirectement les professionnels au dopage afin d’optimiser leurs performances.

 L’exemple de l’affaire du cycliste américain Lance ARMSTRONG  mérite une attention particulière car elle participe d’un système dans lequel la majorité a triché. Donc on est en droit de s’interroger sur l’immoralité du dopage quand il devient une valeur partagée.

 L’utilisation des événements sportifs à des fins politiques ( JO de 1936 de Berlin , véritable propagande  au régime national-socialiste d’Hitler , qui avait parfaitement compris tout le bénéfice qu’il pouvait retirer de l’opération en termes d’image et d’affirmation de sa puissance.

Les paris sportifs : l’appât du gain dans le secteur des paris sportifs génère toutes sortes de dérives et de corruptions

Les pouvoirs politiques ne sont pas non plus exempts de reproches : attribution de marchés de construction de stades  et d’autres infrastructures  grâce à des « pots de vin » occultes;

 Enfin on peut dire, indique Ould Nagi que « le rôle toujours grandissant joué par l’argent dans le sport, s’il contribue au rayonnement mondial de ce dernier, n’est pas sans conséquences éthiques négatives. Si l’économie du sport peut être analysée comme indispensable de nos jours, la part importante qu’il prend dans l’actualité quotidienne aux dépens de sujets qui sont  à priori plus essentiels,  semble souvent bien loin de l’idéal olympique  de l’humaniste  Pierre de  Coubertin : « L’important, c’est de participer ».

 En définitive, il nous semble que l’argent de nos jours est devenu, tranche Ould Nagi, «  indispensable au développement du sport, encore faut il qu’il soit au service de celui-ci et surtout que ses valeurs intrinsèques ne soit pas travesties par sa présence ».

Rappelons que des activités sportives jalloneront la célébration de cette journée à savoir des démonstrations d’arts martiaux (Kung Fu,Karaté,Taekwondo,Judo), de Lutte traditionnelle et un match de football entre deux sélections de la périphérie.

Interdiction formelle de reprise de cet article sans la mention: www.rimsport.net

©Tous droits réservés